couverture livre Moi Bâtard, enfant marchant seul sur ligne d'azur

 

Extrait...

 

 

...Je me voyais redescendre en ville, escalader la grille de ce foutu jardin, me casser les ongles dans le sable pisseux, en vain. Et pour terminer remonter au bercail le plus vite possible, la peur au ventre. Et ces jambes qui ne voudraient plus avancer, et ce décor noir qui s’ouvrirait difficilement devant moi, pour se refermer aussitôt dans mon dos. Le bruit qu’il ferait en se déplaçant furtivement me ferait me retourner, et courir à reculons, jusqu’à ce que ce fantôme qui me suivait me fasse reprendre ma course, cette fois dans le bon sens.
Oh… non ! Il ne fallait pas qu’il me demande ça !

 

Extrait...

 

— Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ? Tu entends ce que je dis ?


Plus tard ? … Elle en avait de bonnes ! Je ne savais pratiquement jamais ce qui m’attendait demain, vous savez, le jour si incertain juste après aujourd’hui...
Bon je me jetai à l’eau en espérant ne pas me noyer avec une question pareille.


— Plus tard je donnerai ma chemise !
— Quoi ? Tu… donneras ta chemiiise ?
— Oui Kennedy le faisait, à la pension les surveillantes l’ont dit, tellement qu’il était gentil !
La dame à lunettes partit d’un rire haut perché, très aigu et d’autres éclats fusèrent en choeur. Je venais juste de m’apercevoir qu’il y avait un homme et deux autres femmes dans la pièce.
Ils riaient en ânonnant des mots incompréhensibles en se regardant et en se relançant de plus belle tous les quatre.


— C’est original mon garçon, mais ce n’est pas un métier ça !
Donner ta chemise !... Tu n’iras pas loin comme ça !


Comme à chaque fois que j’essayais de me faire comprendre on se moquait de moi. Comme à chaque fois la honte me monta aux joues et cette chaleur inconfortable se transforma sans délai en une colère vengeresse.
Presque inconsciemment, mais quand même un peu volontairement, je ne tenais plus sur ma chaise et ma jambe partit à l’horizontale comme si un ressort de civilité venait de se rompre brutalement.
La pointe de mon brodequin frappa sans retenue le tibia de la psychologue qui instantanément changea son rire en cri encore plus aigu. Elle se courba et finit à genoux en glissant de sa chaise.

Ses compagnons d’hilarité se figèrent tout d’abord puis se ruèrent sur leur pauvre consoeur. Au passage ils bousculèrent ma chaise et je me rattrapai de justesse à la table pour ne pas rejoindre la professionnelle des esprits perturbés…
La suite fut compliquée… Face à cette situation, ma mère m’aurait traité une nouvelle fois de tête brûlée.
Pourtant j’avais l’impression de vouloir des choses normales.
Je me confortais dans mes pensées de monde meilleur. Je m’enfermais dans mon isolement, mon confinement intérieur, sans pour autant renier mes sentiments.

Extrait...

Nous nous restreignions sur le boire et le manger. Je sentais qu’il fallait tenir, mais je ne voyais pas jusqu’à quand, jusqu’à quoi ?
Ma mère couvait ma soeur et moi j’essayais d’agrandir mes bras afin de les emprisonner toutes deux contre mon corps.
Mon empressement devait exaspérer notre mère, puisqu’elle geint et me repoussa du coude.
« Bon sang ! Dans tout ce monde qui marche il doit y avoir quelqu’un qui peut quelque chose pour nous ! Ces gens vont bien quelque part, il doit y avoir une place pour nous trois, ce n’est pas possible autrement ».
J’avais de la fatigue plein la bouche, je la mordais de colère. Les journées passaient et rien n’éclaircissait l’horizon.


— Dis maman, y en a pour longtemps encore ? sanglota Isabelle.
— On arrive bientôt.
— J’ai mal ça pique, j’suis toute mouillée… Maman…


Ma mère s’arrêta alors au milieu du trottoir, lâcha plus 
qu’elle ne posa la valise, joignit ses mains et pleura.
Elle était totalement désarmée, son courage l’abandonnait.
Elle ajoutait ses larmes à celles du ciel, qui lui aussi devait bien pleurer un peu pour nous ; seulement il nous aurait bien rendu service s’il avait souri.
Isabelle sanglota de plus belle. J’avais un peu honte, parce qu’on nous regardait. Alors j’ai ramassé la valise qui s’était couchée et j’entrepris de la soulever…
Nom d’un chien ! Qu’est-ce qu’elle était lourde ! Heureusement le sol était mouillé et de temps en temps je la laissais glisser.
Je fis ainsi quelques pas et me retournant j’invitai du regard ma mère et ma soeur à en faire autant.
Il ne fallait pas qu’on s’arrête. Nous marchions, nous finirions par arriver quelque part.
La liste d’adresses, que ma mère chiffonnait dans sa main à force de trop la serrer et la déplier, s’effilochait. Les scènes de présentations, à chaque perron, devenaient de plus en plus pathétiques. Nous étions ce que nous étions, mais on ne méritait pas ça !
Je pris le monde en grippe et j’aurais aimé être fort pour frapper.
Enfin une porte s’ouvrit plus largement. On nous fit patienter. Ma soeur et moi dans une pièce résonnante et vide, meublée d’une chaise et d’un tabouret, nous nous interrogions du regard.
Il y avait un grand miroir, penché en avant au-dessus d’une fausse cheminée. Il nous reflétait et dedans on paraissait tout petit, avec une grosse tête, le corps s’amincissait en descendant vers les pieds. C’était rigolo, on a failli éclater de rire, mais les circonstances réclamaient le silence, alors on se retint. Mais c’était encore plus marrant… On se pinçait le nez pour empêcher le rire de sortir, et la glace nous regardait toujours !...
Une personne vint nous chercher avec un sourire aimable.

Derrière elle ma mère rayonnait, elle s’arrangea les cheveux d’une main soudain plus légère.
On nous conduisit dans une pièce encombrée de cartons. Je m’inquiétai sérieusement lorsque je vis que l’on me déshabillait. Isabelle restait près de sa mère, elles se tenaient par la main.
Non ! Ce n’était pas possible ! Elles n’allaient pas me laisser là ?
Je me rassurai autant que je pus en me disant qu’à son tour elles allaient s’occuper d’Isabelle, après m’avoir retourné dans tous les sens.
On me cala dans un coin et deux femmes parlèrent avec ma mère.
Je regardais Isabelle, et elle me dévisageait. Était-ce pour mes nouveaux habits ?
Qu’est-ce que j’avais fait pour mériter ça ?
Ma mère promit de venir me voir et s’en fut ainsi, la valise plus légère, persuadée d’avoir arrangé la situation.
Les femmes la raccompagnèrent du regard puis elles se tournèrent vers moi, l’une se grattant la tête, l’autre à demi retournée, une main sur la hanche, la lèvre inférieure entre ses dents…
Les bruits de pas s’évanouirent, un grand silence froid me fit frissonner.


— Tu vas aller dans la cour rejoindre les autres, d’accord ?


C’était un monsieur en blouse grise, assortie aux cheveux et aux lunettes.


— Tu prends la porte, tu files dans le couloir, et c’est au bout à gauche.


Je suivis donc les instructions du vieux et me retrouvai au bout du couloir, mais avec un tas de portes, plus anonymes les unes que les autres.
Je me hasardai vers l’une d’entre elles. Je me cognai le front
contre le battant, de l’autre côté une main m’avait précédé sur la poignée.


— Qu’est-ce que tu fais là ? C’était la voix d’une mégère au visage expressif et dissuasif.
— Ben je cherche la cour. Rétorquai-je un peu énervé.
— T’es donc nouveau ?
— Oui on m’a dit que c’était au bout du couloir.


À peine radoucie la mégère ridée tendit son doigt au bout d’un bras en peine d’équilibre.


— C’est là ! à gauche… attends je vais te tourner la clef.


Et voilà je me retrouvai dans ce genre de cour pour la seconde fois. Je ne sais toujours pas aujourd’hui dans quel établissement on m’avait enfermé, emprisonné même.
Sans doute une sorte de pensionnat, il n’y avait pas de plaque de cuivre à l’entrée, ou alors de celles que l’on ne remarque pas.


Il n’y avait pas d’arbre, et la moyenne d’âge des pensionnaires était plus élevée que dans l’autre maison d’avant. Les plus vieux devaient bien avoir treize ou quatorze ans, les plus jeunes huit ou neuf. Dans le fond à gauche, j’aperçus des cabanes en bois. Je m’en approchai. J’étais tout près quand un couteau me passa devant le nez. Il alla se ficher dans une des portes qui figuraient l’entrée des w.c. comme l’indiquaient les deux lettres de peinture blanche.
La lame s’était plantée dans une cible tracée à la craie.
D’autres canifs figuraient dans les cercles. Par réflexe je tournai la tête d’où venait le lancer. Un groupe de garçons affublés d’un air antipathique au possible s’approchèrent d’un pas décidé en roulant des épaules.
J’avais dû gêner quelqu’un…


— Qu’est-ce que tu fous là ? questionna celui que je n’eus pas de mal à reconnaître pour le caïd.

PROJET

Un tome 3 de Lycaon et Callisto est en écriture... Il devrait parachever la saga des Pascal, Clémence, Guillaume, Charlotte... sans oublier Ikem, le chien qui comprend tout... 

L'aventure va encore s'accélérer... comme un baroud d'honneur... les personnages vont vouloir se racheter pour les uns, s'affirmer pour d'autres et puis il faut bien que les énigmes non résolues jusqu'ici trouvent leurs explications... Enfin peut-être...

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Extrait

 

— Au risque de vous décevoir, ma vraie raison de vivre c’était Vanessa ! Ma Vanessa ! Elle était tellement différente !

Tellement… 

 

Il croisa ses mains si fort que ses phalanges blanchirent. Les muscles de ses bras tendirent le tissu de ses manches. Il baissa la tête comme pour soutenir un effort violent.

Il ne faisait qu’essayer de retenir ses larmes. Il ne pleurerait pas devant son patron. Il ne voulait pas révéler cette faiblesse, ce qu’il pensait être une faiblesse chez un homme comme lui.

 

— Maintenant avec le recul je n’en doute pas un seul instant, et je vous connais assez pour savoir qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme, que l’être qui vous retient est forcément quelqu’un de particulier… Et je ne me m’inclus pas dans ce profil.

Pascal mon ami…

Extrait

 

Un certain nombre des femmes en présence avaient été en leur temps adeptes du binge-drinking ou de soirées sexe improvisées ou pas.

Il arrivait parfois à quelques-unes de pratiquer les deux thèmes, autant pour se désinhiber que pour ne pas rester seules face à la complexité de leur vie.

Elles avaient en commun une volonté farouche de réussir, en perpétuelle compétition avec les hommes dans la vie ou au sein de leur milieu professionnel. Elles s’étaient connues pour quelques-unes dans les grandes écoles, pour d’autres dans des réunions privées pour d’autres encore elles avaient été cooptées par le duo de choc Clémence et Charlotte.

Toutes avaient au moins un point commun qui les reliait entre elles. Elles constituaient un chapelet apparemment hétéroclite.

Cependant à y regarder de plus près, elles étaient à des degrés divers, représentatives des femmes bien de leur temps. 

 

 

Extrait

Guillaume avait failli renoncer dix fois à honorer son rendez-vous avec Michel Guérineau.

Il s’était arrêté à l’entrée de la propriété, peu enclin à connaître ce que pouvait bien lui exposer cet étrange personnage. Et qu’avait-il à lui demander ?

Il fixait la pancarte sur pied, imposante à l’image de son propriétaire, façon ranch, qui annonçait le domaine de Palluau.

Figurait sous le nom de la propriété, une devise « Humilité et Honneur me font Homme ».

Pour tous, ce panneau annonçait une frontière que peu s’autorisaient à franchir. Peu d’invitations, peu de visites de courtoisie, peu de personnes étrangères à ce site franchissaient la barrière blanche presque toujours ouverte.

Il redémarra en soupirant et parcourut lentement les derniers deux cents mètres qui le séparaient encore d’une étonnante autant qu’improbable et non moins redoutable proposition.

Guillaume se présenta dans l’embrasure de la porte d’entrée de la grande maison de maître. Cette bâtisse était la demeure des Guérineau depuis plus de huit générations. Jamais il n’avait eu l’occasion d’y venir.

Malgré son manque d’intérêt pour la vie privée d’autrui, il se prit à détailler tous les effets personnels qui encombraient l’essentiel de cette première pièce qui faisait office de vestibule. 

 

Un véritable capharnaüm de choses diverses autant qu’apparemment inutiles était entreposé là. Chaque visiteur ou personnel habitué se délestait de fardeaux et objets divers dans l’attente devenue perpétuelle de retrouver une meilleure destinée.

Il entendit un pas inégal dans son dos en provenance de la cour. Il se retourna et vit la masse de Guérineau avancer en claudiquant, mais apparemment décidé. Il balançait les bras pour donner de la vitesse à son pas lourd et imprécis.

Il souriait jusqu’aux yeux, bouche ouverte, essoufflé, mais d’une apparence très avenante.

— Entrez ! Entrez Guillaume, je vous prie de m’excuser de ne pas vous avoir attendu pour vous recevoir. Je vous avoue que je craignais que vous renonciez à venir. Car vous avez bien hésité n’est-ce pas ?

Il n’attendit pas de réponse et continua en appuyant son verbe d’un moulinet de bras signifiant qu’il comprenait.

— Ne me dites rien ! il n’y a rien là que de très normal. Il faut reconnaître que rien ne nous a jusqu’ici permis un quelconque rapprochement ni un intérêt de bon voisinage.

Guillaume s’effaça pour laisser Guérineau passer, il se colla autant que possible contre la porte. Il douta qu’ils puissent se croiser sans se heurter. Il trouva la situation cocasse, il retint son souffle alors que Guérineau cherchait le sien. Il rentra son ventre pour ne pas embrasser celui de son hôte. 

 

— Pardon Guillaume, vous devez me trouver bien impotent, et croyez-moi je hais cette vieillesse qui ajoute le poids de la chair à celui des ans. Deux entraves qui vous font paraître le chemin quotidien toujours plus long et ardu.

...

— Vous êtes encore jeune et d’un bon physique, vous ne pouvez savoir votre chance…

— Si, Mr Guérineau, si je sais la chance d’avoir son corps comme allié.

— Oui, c’est cela… c’est cela… avoir son corps en allié… j’aime bien cette image. Suivez-moi...

Extrait

Effectivement Vanessa pouvait représenter Pandore, cette superbe égérie des dieux de l’Olympe. Cette Olympe symbolisée par T S W et les déesses de sa création. Façonnée d’argile et d’eau Pandore fut promise et, offerte avec elle une boîte, un carcan, une dot venimeuse contenant tous les maux de l’humanité. 

Vanessa présentait tous les atours et les attirances de Pandore, elle magnifiait tous les attributs de la réussite et brûlait des feux de la Passion, de l’Orgueil et peut-être de la Tromperie… Quelques-uns des contenus maléfiques de sa boîte qu’elle ne put s’interdire d’ouvrir.

Comme dans la mythologie, Vanessa parfait symbole de la réussite T S W, se para en quelque sorte de ce qu’elle crût ne pas être des bijoux maléfiques, en laissant les maux s’échapper de la boîte de toutes les tentations.

 Ils l’enveloppèrent, l’habillèrent, l’imprégnèrent, la transformèrent…

  

Peut-être aussi, comme dans la tragédie grecque, n’y eut-il plus que l’Espérance qui resta prisonnière du coffret, quand elle laissa retomber le couvercle. Espérance qui lui fit défaut dans ses actions, ce qui peut-être encore causa sa perdition, et pour l’instant à elle seule…

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Extrait

 

- Dis-moi Clémence tu sais comment tu vas remanier ton état-major si tu es élue ? Et sais-tu qui tu emmènes de chez nous sur ta liste ?

 

- Je n’y ai pas vraiment pensé encore tu sais, il n’y a rien de fait, il ne faut pas tirer de plans sur la comète…

 

- Oui, je sais mais il faudrait peut-être que tu y penses parce que…

 

Assise à son bureau, Clémence la coupa presque sèchement, l’index dressé pour appuyer sa réplique.

 

- Attends, attends Vanessa ! Je ne veux pas avancer une quelconque suite. Imagine que je vous positionne les unes les autres et que je me vautre.

Déjà, vous allez vous calculer pour savoir laquelle sera l’héritière la mieux lotie !...

Vous vous projetterez, vous vous ferez vos idées…

Et si je ne suis pas élue, vous serez déçues, frustrées et vous chercherez, d’une façon ou d’une autre, à compenser cette déception en voulant améliorer votre situation individuelle.

Je… ne… veux… pas de ça ! Ok Vanessa ?...

 

Le visage tendu, elle fixa la jeune présomptueuse, dans une attitude on ne pouvait plus péremptoire.

 

- Oui Clémence pas de souci… Ne va pas t’imaginer qu’on veut prendre ta place !...

 

La patronne, il en était ainsi à chaque fois qu’elle regrettait de devoir s’affirmer auprès de ses amies, s’adoucit aussi vite qu’elle s’irrita.

 

- Bah, pourtant, ma chérie, c’est bien ce que tu évoques en me demandant si j’ai décidé quelque chose !

 

- Désolée, je suis maladroite. C’est vrai que je veux toujours faire et participer plus.

Ne m’en veux pas et je compte sur toi pour me resituer le cas échéant.

La jeune femme était impétueuse mais aussi intelligente. Comme les autres, elle avait besoin de La Gallard pour avancer.

Elle hésita avant de quitter la pièce, elle passa à côté de Clémence qui tapait une note sur son micro. Elle suspendit sa main au-dessus du bec-de-cane de la porte capitonnée, puis se lança dans un demi-tour silencieux.

Elle s’approcha dans le dos de son amie. Vanessa se pencha et enveloppa Clémence de ses bras, la bloquant gentiment dans sa frappe. Elle l’embrassa sur la joue, d’une bise bien claquante.

 

- Excuse-moi, ma Clémence, je ne t’embêterai plus avec ça. Sans toi, aucune de nous ne serait aussi bien dans sa vie. Tu es notre mère, notre sœur, notre amie et protectrice…

 

- N’en jette plus, j’ai mal aux chevilles, coquine !

 

Clémence très émue, avait repassé la scène dans sa tête. Elle se sentait détruite en partie depuis cette catastrophe.

Extrait

 

- Pourquoi dans votre bouche cela paraît si délictuel alors que nous n’avons jamais cherché interpréter et être malhonnête ?

 

- Pour la bonne et simple raison Charlotte, c’est qu’à votre niveau de pouvoir, de puissance, et avec les moyens que vous avez, vous ne doutez à aucun moment de votre probité. On vous sollicite vous répondez en négociant des contreparties. Vous ne vous promenez pas avec un code civil dans votre sac à main… Et qui autour de vous avait la tête assez froide et l’autorité suffisante pour vous contrer, madame Gallard et vous ? Qui ? Dites-le-moi ?

 

- Arrêtez Maud ! Arrêtez !

 

- Vous croyiez que parce que vous étiez des femmes et uniquement des femmes vous seriez épargnées des démons de l’affairisme et du pouvoir de l’argent ?

Mr Guérineau et sa colonie d’hommes sont votre miroir, votre négatif… Blanc… Noir… en l’occurrence, cela ne change rien.

Vanessa Courtin et Pascal Fitoni en sont les symboles et le meilleur exemple de ce que l’être humain quel que soit son genre est sensible aux mêmes travers.

Ils se sont rencontrés, se sont plus, se sont aimés et ont œuvré pour un même idéal, avec vos deux puissances conjuguées, et pour partie j’en conviens contre votre propre conscience.

L’enfer est pavé de bonnes intentions, madame Moneyron ! Pavé comme une voie romaine et large comme une autoroute.

 

Cette fois, Charlotte s’affala sur la table de bar, éclata en sanglots convulsifs.

Maud dans sa colère y était allée fort.

L’une pleura, pleura, l’autre pensa en la regardant. La future ex-attachée parlementaire se demandait si son ambition cachée de rejoindre les Twenty Spécial Women était une si bonne idée ?... Elle le fut… Le serait-elle encore ou de nouveau après de longs mois de procès ?

 

L’impétueuse Charlotte des conférences et des articles de magazines frissonnait sans discontinuer. Les cheveux collés sur son visage, la mine défaite, les rides d’expressions plus marquées.

Maud lui tendit son gilet.

 

- Couvrez-vous, nous avons bientôt fini.

 

Extrait

 

- Dites-moi vous avez tout prévu !...

Ça ne m’étonne pas de toi Anatoly et je suis sûr que Piotr est l’homme qu’il nous faut…

 

-  Dans les deux ou trois spécialistes fiables que je pouvais te recommander, Piotr est le plus compétent et de plus à l’idée de travailler pour « le Béluga » il s’est trouvé flatté. Ce sera une ligne enviée sur son CV si je puis dire…

 

Les deux soldats rirent ensemble. Premier moment de relative détente depuis le début du rendez-vous.

 

-  Il y avait longtemps que je n’avais pas entendu ce surnom…

 

-  Pour lui, tu es une légende en quelque sorte. Pendant un temps, il pensait que tu n’existais pas !

 

-  En même temps, c’est le propre d’une légende !

 

Cette fois, ils sourirent tous les trois.

 

-  Je ne sais pas comment je dois prendre cela… Et une légende de ce type c’est aussi une cible de choix pour certains… Non ?

 

-  Tu es devenu très important et presque incontournable dans ton domaine. Et certains acteurs peu scrupuleux veulent te pousser vers la sortie.

 

-  Oui, je m’en rends compte.

Ils vont y arriver mais selon mes conditions. Je tiens à ce que ceux qui travaillent avec moi restent aux commandes de la partie qui me tient le plus à cœur.

 

Extrait

 

Le manteau neigeux renforçait la dramatique du lieu. Ça risquait de compliquer les déplacements et la logistique. Il ne fallait pas que la neige continue de tomber, mais ici… La neige fait partie du décor une bonne partie de l’année, malgré le réchauffement climatique évident.

 

Fitoni « le bûcheron » ou « le forestier » à son aise dans ce coin de nature, travaillait comme deux.

Son smartphone sonna. Il s’arrêta et s’appuya le dos contre le mur d’une stabulation. Son souffle dégageait une buée épaisse. Il porta le téléphone à son oreille, il leva la tête et fixa un point imaginaire dans le ciel. Il respirait bouche ouverte en rejetant de larges volutes de vapeur. Il dit « oui »… il dit « non »… il dit « ok » et raccrocha. Il regarda son téléphone comme s’il relisait la conversation. Il parut réfléchir, sa main soupesant son appareil. Un appel lourd de sens probablement.

 

Guillaume l’observait depuis qu’il avait entendu retentir l’air du film « Le dernier des Mohicans ».

Avec une telle musique, on savait qui était appelé.

Cette masse de muscle même immobile dégageait une sensation de puissance phénoménale. On ne pouvait que se sentir en sécurité à ses côtés… Cet aspect de l’homme avait dû impressionner, influencer et finalement séduire Vanessa.

On pouvait aussi se sentir en danger face à lui… Si l’on était un ennemi bien sûr.

Il se décolla de son appui et à grandes enjambées dans la neige craquante, parcourut la distance qui le séparait de Guillaume affairé à nettoyer le dortoir des jeunes lynx boréaux et de Sibérie.

 

-  Ce sera demain vendredi ! ils arrivent dans l’après-midi mais ils ne seront que trois.

.../...